Popy la tornade de Stéphanie Richard & Joëlle Dreidemy

Aujourd’hui, il est question de Popy. Dix ans. Super justicière du préau dotée d’un don hors du commun révélé par un professionel du yoga. Avouez que ca en jette déjà pas mal l’histoire, comme ca. Bref, Popy a un super-pouvoir. Elle ne sait pas voler. Elle ne lit pas dans les pensées. Elle ne déplace pas les objets par la pensée. Ca, c’est du dépassé les copains. Non, Popy, elle, elle a un regard magique. Un coup d’oeil, une pensée plus que convaincue et BIM! Ce qu’elle veut devient ce que tu veux. C’est parti pour la semaine de gnocchis! Mais comme disons l’oncle de Peter Parker, de grands pouvoirs entrainenent de grandes responsabilités. Et voilà qu’à dix ans, Popy se retrouve dans une situation plutôt complexe. D’une part, quelqu’un connaît son secret et s’amuse à envoyer des lettres à tout son entourage. D’autre part, elle est face à ce gros questionnement : „est-ce qu’elle n’est pas en train de profiter des autres, d’abuser de son pouvoir ?“. Dix ans et voilà que la Morale vient lui titiller les neurones. La pauvre! Mais n’ayez crainte, Popy a une flopée d’amies et elle va pouvoir mener l’enquête.

Avec une héroïne comme Popy, il est évident que l’auteure devait être à la hauteur de l’énergie débordante de son personnage. Stéphanie remplit les critères. Son écriture pétille, sautille, est un tourbillon, une véritable tornade. Elle nous emmène où elle veut et on la suit yeux fermés (même lorsqu’on a vingt six ans … c’est pour vous dire!). Elle parvient à gérer le rythme de son histoire en suspendant le suspens pendant une courte récréation ou par quelques anecdotes détournées grâce à la famille recomposée de Popy. Cette écriture est accompagnée et soutenue par les illustrations de Joelle Dreidemy. Ces illustrations permettent de doncouv-popy-la-tornadener davantage de relief à l’histoire et personnellement, je les adore. Excellents moments choisis pour les illustrations.

Pour conclure, vous l’aurez compris : mission une fois encore réussie pour Sarbacane. Un petit trésor découvert avec ces deux demoiselles qui nous délivrent Poppy. Une histoire passionnante, moderne et drôle. Une fin surprenante qui nous prouve que chez Sarbacane, on prend au sérieux le jeune lectorat. Un parfait moyen de passer un excellent moment avec un livre entre les mains. Nous, lecteurs, ne pouvons que remercier cette joyeuse équipe qui nous offre cette Pepix, cette tornade. Merci pour ce vent frais au sein de la littérature jeunesse.

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100 000 canards par un doux soir d’orage de Thomas Carreras

Si Thomas Carreras nous avait convaincu avec son premier roman, il enfonce le clou avec le second. Son premier succès n’était pas dû au hasard. Il a du talent le petit Carreras !

Puisqu’on ne peut pas vous la faire à vous, inutile de vous cacher que dans ce roman … il est question … de … canards. Et oui, le palmipède est au centre de ce roman loufoque. Les premières pages nous font penser à ces petits roads movies américains où la petite jeunette un poil aventurière part dans une toute autre ville. Inconnue. Une ville de rednecks. Il pleut. Y’a pas de réseau. Ca craint un peu … mais y’a de la bière, du canard à manger et un bon festoche musical en perspective. Ginger s’enterre dans le pub local afin de pouvoir découvrir ses idoles sur scène. Ouais, ca commence comme ca. Banal. Mais Thomas Carreras parvient dès le début à nous glisser quelques petites remarques qui te font penser : « non non, ca ne va pas être de tout repos. » ; ou encore «  ouais, y’a un truc qui cloche ici ». Bon joueur, en tant que lecteur, on ne fait pas attention à ces petits détails qui te disent que les choses font partir en sucette … Mais les petits signes deviennent de plus en plus gros. Suffisamment gros pour que même les personnages s’y intéressent. Et c’est là que tout commence. Paranoia. Un petit peu de barbarie avant l’attaque.

Les zombies sont à l’honneur, tout comme les loup-garous mais Thomas Carreras, lui, met les palmipèdes sous les projecteurs … et bordel ! Qu’est-ce qu’ils le méritent ! Humains vs Canards ! Le choc des titans surtout si on te met parmi ces humains, les Village People (qui t’offrent de sacrés bons moments d’hilarité), Mike Jagger ou même Stevie Wonder. Humour, beaucoup. Une plume qui s’est développée, qui s’est même aiguisée à mon sens. Beaucoup plus dans la satire, le sarcasme, le jeu avec le lecteur.

Thomas Carreras nous offre un second roman haut en couleurs. Un pur moment de plaisir. On se marre tout au long … et on glousse devant ces Canards dignes de Machete. Bref, merci Thomas de nous montrer que la littérature francaise a encore un bel avenir devant elle. Merci Sarbacane de laisser des auteurs comme celui-ci émerveiller ces lecteurs.

Vers le bleu de Sabrina Bensalah

Ornella et Anoushka vivent dans une caravane avec une mère loufoque et immature. Alors que la petite Anoushka prépare l’élection de Mini- Miss Camping, Ornella se prépare à quitter le trio devenu étouffant pour enfin vivre sa vie, sa vie à elle ! Malheureusement, elle sera devancée par « La Mère », qui se sauve avec un vieil ami d’enfance fraîchement retrouvé… Et Ornella, qui rêvait de liberté, doit assumer l’éducation de sa sœur, l’impayable Noush. Mais rapidement, Noush se révèle très débrouillarde. Elle entraîne sa sœur dans de drôles de combines pour survivre – et parsème de fantaisie le difficile quotidien.

Avec un sujet comme celui-ci, il aurait été plus que facile de tomber dans le Pathos larmoyant, de faire trembler quelques lèvres, d’imposer des mines hypocritement compatissantes, d’en faire un parfait sujet de téléfilm qui serait passé à M6. Peut-être que cela aurait même eu son petit succès auprès d’un public. Oui mais voilà, ce sujet a été traité chez Sarbacane … chez Exprim. Là où on maîtrise parfaitement les injections de sentiments. Là où on flirte avec avec le pathos sans sombrer dans le misérabilisme. Là où on écrit la Vie.
Ornella et Anoushka sont deux soeurs perdues au milieu d’un camping. Si on pensait que les campings rimaient toujours avec vacances, perroquets et belote, on est assez loin du compte. Hors saison, cela fait beaucoup moins rêver. Avec Vers le bleu, nous découvrons une galerie de personnages profondément humains. L’auteure ne sombre pourtant pas dans la caricature, manière trop habituelle de peindre des personnages. Tous ces personnes se trouvent dans la nuance ce qui leur donne une dimension presque trop familière. Ils prennent vie. Vers le bleu est un extrait de notre époque, de notre chez nous. Sans artifice. Sans folie. Sans excès. Juste un morceau de notre monde que l’auteure a bien la gentillesse de nous offrir sur une table de PMU.
Je n’y ai pas vu d’espoir, de volonté moralisatrice, de bons sentiments à la TF1. J’y ai simplement vu un petit bout de vie, un oeil de boeuf sur la vie de ces deux soeurs qui vivent, survivent sans perdre l’innocence et le bonheur d’un sourire. Magique.

La fantastique aventure de Woua-Woua le chihuaha de Rachel Corenblit

Est-ce que vous connaissez le dessin animé Corneille et Bernie ? L’histoire de ce chien très intelligent – à la limite du génie – qui utilise les mots comme un poète. Et bien Woua Woua, c’est un peu la même chose. Bien qu’il ne soit pas doté de la parole – faut pas déconner non plus – Woua Woua se trouve être le narrateur de cette longue aventure. Une aventure que personne ne semblait avoir prévu et surtout pas Woua Woua. Il faut dire que Woua Woua est un petit chihuahua – avais-je besoin de préciser l’adjectif petit ? – tout à fait tranquille, un poil flemmard et pas très fan des aventures périlleuses. Petit, frêle, il n’est pas franchement taillé pour la haute montagne … et encore moins pour jouer les héros devant un loup monstrueux … et pourtant … Woua Woua, ce n’est pas grand chose sans son maitre. Et son maitre, il a parfois de drôles d’idées en tête. Comme mentir pour bomber le torse et jouer les courageux. Alors Woua Woua en parfait chien, va suivre son maitre non pas jusqu’au bout du monde mais jusqu’au bout de ses aventures.

L’originalité de cette histoire se situe pile poil avec Woua Woua. Un chien qui raconte une histoire, ce n’est pas rien du tout. Un chien en narrateur, c’est plutôt haut en couleur. Et, même à vingt cinq ans, on se retrouve à sourire d’amusement face à quelques phrases/répliques plutôt cinglantes.

Par ailleurs, je tiens également à souligner que Pepix signe ici encore un bel ouvrage. Il faut parfois le préciser. Un livre, c’est aussi et avant tout un objet. Il doit donner envie de se faire dévorer, de se faire éventrer … Avec celui-ci, nous nous retrouvons rassasiés … quoiqu’on en demanderait encore comme après la troisième part de raclette. Les dessins de Caroline Ayrault, les détails en pagination, l’ambiance que tout cela amène … Bref, c’est ce type de livre qui me convainc que la version papier ne pourra pas si facilement disparaître.

Je ne regarderai plus les chihuahas de la même manière !!

Victor tombe dedans de Benoit Minville

Victor Tombe-Dedans est un petit garcon de neuf ans tout à fait ordinaire. Avec son vocabulaire, ses expressions et son appréhension du monde bien à lui. Oui mais voilà avec la collection Pepix de Sarbacane, il faut s’attendre à plus. Beaucoup plus. On ne fait pas dans l’ordinaire ou alors dans un ordinaire bien particulier. Si les enfants perdus de Hook peuvent dévorer un festin de roi rien qu’avec leur imagination. Victor, lui, parvient littéralement à tomber dans son bol de chocolat en plein petit-déjeuner. Mieux encore … dans un livre. Ah l’imagination ! Quelle malicieuse amie ! C’est en effet dans les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas que Victor tombe, devenant ainsi le cinquième mousquetaire de la bande. L’aventure commence … Le hic, c’est qu’il ne connaît pas toute l’histoire. Il a sauté des passages, il ne comprend pas tous les mots et puis y’a un autre lecteur qui lui ajoute des péripéties sans queue ni tête que même les vrais mousquetaires ont du mal à surmonter. Mais c’était sans compter l’aide de leur nouvel allié, Victor.

Véritable ode à la lecture. Benoit Minville nous fait partager sa déclaration d’Amour à la lecture et au pouvoir de l’imagination qu’elle peut offrir. Le livre devient une porte ouverte vers la fantaisie, une création de tous les possibles, un moyen de voyager à prix réduits. Bref, Benoit Minville ne pouvait pas mieux faire pour nous faire partager son amour et nous convaincre que oui, les livres ont un sacré pouvoir.

Si vous avez peur que votre enfant ne soit qu’omnubilé par les jeux vidéos et en oublie le pouvoir de l’imagination. Si vous souhaitez que votre enfant, frère, soeur, neveu, peu importe … puissent également connaître les joies de la lecture … Alors je vous conseille de lui mettre entre les mains cette petite pépite.

Indomptables de Philippe Arnaud

Il était grand temps pour moi de remettre le couvert avec la maison d’édition Sarbacane et sa collection Exprim. Il est donc temps pour moi de vous parler d’Indomptables, roman de Philippe Arnaud paru chez Sarbacane.

France – Cameroun.

Non, il ne s’agit pas d’une annonce de match de football mais bel et bien du pont qui est fait entre les deux pays au sein du nouveau roman de Philippe Arnaud.

Au Cameroun, nous rencontrons Jean-Jules et Momo. Jean-Jules est un Bamiléké, une ethnie de tradition animiste, christianisée. Momo, quant à lui, est un Peul, musulman. Allant au-delà de cette différence de culture, les deux garçons se lient d’une amitié sincère … à l’ombre d’un manguier où les langues se délient, où les cœurs s’ouvrent, où les plaies cicatrisent et où des éclats de rires se mêlent aux notes d’une musique américaine. Deux gamins qui grandissent dans deux univers différents, au sein du même Cameroun : ce Cameroun ensoleillé pouvant être aussi brutal que plein d’amour. En France, nous découvrons Olivia à travers quelques bribes de son journal intime. Ici, la colère éclate à chaque phrase, à chaque page. Grandir et se construire dans une rage grandissante, incompréhensible et dévorante : c’est le combat d’Olivia. Elle explose en musique, en paroles. Si Jean-Jules et Momo essaient de s’accrocher fermement à la vie, à la croquer à pleine dents … Olivia, elle, la déchire à coups d’incisives. Indomptables, c’est le point de rencontre entre ces trois êtres qui auraient pu ne jamais se rencontrer. Indomptables, c’est le moment où tout bascule et où tout se joue.
C’est avec une plume addictive et humaniste que Philippe Arnaud aborde de nombreuses thématiques qui viennent se fondre dans la vie de ces trois pré-adolescents. On pourrait vous citer la prostitution, le SIDA, l’immigration, les passeurs … et j’en passe. N’allez pas croire qu’Indomptables est un récit larmoyant dont le seul but est de vous montrer les déceptions de notre monde. Non ! Indomptables est beau. Il est beau parce qu’il dessine avec force et poésie la puissance des liens qui peuvent unir deux êtres, l’amitié, l’entraide.

Il me semble difficile de coucher par écrit ce que je ressens après une lecture comme celle-ci… Je peux néanmoins vous parler d’une expérience de lecture intéressante qui vient vous chatouiller les tripes parce que, sincèrement, ce récit est tellement la Vie qu’il ne peut vous laisser indifférent.

Super Louis et l’île aux 40 crânes de Florence Hinckel

Avant, quand nous voulions partir à l’aventure, il nous suffisait de prendre un livre de la bibliothèque rose. Le club des cinq. Vous vous souvenez ? On s’en saisissait, on plongeait dans la lecture et nous étions en route pour de folles aventures. Ou alors, on lançait la cassette – oui oui – des Goonies en se calant bien au fond de son canapé … et on s’imaginait alors être aux côtés de Bagou, rire devant le Bouffi-Bouffon tout en crachant sur les affreux Fratelli.
Maintenant, nous avons la collection Pepix chez Sarbacane … et notamment les aventures de Super-Louis écrit par Florence Hinckel et illustré par Anne Montel.

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Louis est un mioche comme les autres sauf qu’il possède une imagination débordante qui le mène à devenir, parfois, Super Louis. Mais évidemment, comme tout super-héros, cela doit rester secret. Beh oui, c’est pour cela que son côté super-héros ne se voit pas. C’est juste qu’il fait attention à garder son identité secrète. Voyons ! Bref, Louis, c’est un petit garçon comme les autres jusqu’à ce qu’il se retrouve mêlé à une histoire complètement folle. Le genre d’histoire que tout gamin voudrait vivre … parce qu’on sait que cela est tout simplement impossible. On veut tous se retrouver dans un film de gangsters jusqu’á ce que l’on se retrouve face à un vrai gangster … et là, les choses sont un peu différentes, pas vrai ? Le Louis en question aura besoin de son côté super-héros pour survivre à toute cette aventure … de son côté super-héros tout comme de ses acolytes car il n’est pas le seul à se retrouver mêlé dans cette histoire.

Outre le fait que cette histoire est prenante, amusante et passionnante … J’ai d’autant plus apprécié la lecture que l’écriture nous permet de prendre conscience de ce qu’il se passe dans la tête de Louis. Un criminel. Une arme. Des coups de feu. Une folle légendaire qui a tué, et plus d’une fois. Inutile de vous préciser que ce genre de rencontres vous fait pas mal grandir. C’est pourquoi l’écriture gagne en maturité. Pas d’infantilisation. Ici, on ne vous prend pas pour des bisounours, les gars ! Florence Hinckel nous livre une vraie vie d’aventuriers qui n’est pas sans nous faire penser à la bande des Goonies.

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Et puis quand un livre jeunesse me met une petite pichenette sous le menton alors que je pensais avoir terminé ma lecture … je ne peux que tirer mon cyber-chapeau et féliciter toute l’équipe qui a rendu ce livre possible.

Aujourd’hui en librairie, il ne vous reste plus qu’à vous ruer dans la plus proche pour l’offrir à vos petits monstres … Qu’ils préparent leur kit de survie ! Ils en auront besoin !

Bonne lecture et soyez de chouettes parents, offrez-leur un bout d’évasion au lieu d’un paquet de bonbons !