Monstres de Mike Kasprzak

 Je vous avais déjà parlé de Mike, cet auteur au nom d’origine polonaise et donc … pratiquement impossible à écrire de mémoire. Je ne prendrai même pas le risque de tenter l’expérience (oui, je vous entends crier « Pussy » derrière vos écrans d’ordinateur et vous n’avez pas totalement tort). Mike remet le couvert avec un recueil de nouvelles intitulé Monstres.

Monstres. Il ne s’agit pas de ceux qui squattent l’imaginaire enfantin, ceux qui se cachent sous votre lit, dans votre armoire ou au fond de la cave. Il ne s’agit pas d’histoires de monstres qui vous terrorisent à la Stephen King et que vous oubliez quelques jours plus tard. Il s’agit de monstres faits de chaire, d’os et d’une flopée de sentiments.Souvent trop. C’est là que se place Mike, dans l’extrême, le radical. Il ne fait rien à moitié. Brûler la chandelle par les deux bouts ou crever. Pousser les limites jusqu’à l’impossible juste pour se sentir vivant. Si certains y verront de la vulgarité, de l’écriture en mode brute de décoffrage ; j’y vois tout simplement la réalité crachée et montrée sous son vrai jour. Comme toujours. Pas de prise de gants avec Mike ou alors peut-être juste une paire de gants de boxe. Chaque nouvelle est un nouveau round qui n’a pour objectif que de nous mettre K.O. Toi, lecteur, tu encaisses. Discipliné, tu lis. Parfois, tu souris d’un air ironique ou alors tu soupires en te disant que c’est pas tout à fait faux ce que raconte le psychopathe de Mike … et putain, cette réalité, elle te fait quand même un peu chier. Alors tu enrages. Tu enrages avec lui. En symbiose avec l’auteur, tu prends ton pied comme un petit sado-masochiste en tournant les pages.
Mike Kasprzak, c’est un bol d’air pollué qui te remet les idées en place. Mike Kasprzak, c’est le coup de pied au cul que tu attendais. C’est la douche froide qui te remet les idées en place. C’est un auteur à la plume acérée qui heurte, secoue et plait. Je ne conseille pas ce roman à tout le monde. C’est une évidence. Certains ne l’apprécieront pas à sa juste valeur et ca risquerait de sérieusement m’irriter mais pour ceux qui ont un peu de jugeote et de maturité, je vous invite à tester Mike Kasprzak.

Continue de faire ce que tu fais Dude … parce que tu es sacrément doué pour!

 

Vous pouvez vous procurer le petit bouquin ainsi que davantage d’informations ici. Clique mon petit, n’aie pas peur!

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Mon plus grand combat de Flo Jallier

Coup droit. Jeu de jambes. Uppercut. Souffle coupé. Coup droit. Riposte. Garde montée.

Comme son nom l’indique, Mon plus grand combat prend place sur le ring mais également – surtout ? – dans les coulisses du ring. En ayant vu des films comme The wrestler, De rouille et d’os et One million dollar baby, je pensais avoir tout vu de ces univers rempli d’hormones (pas uniquement de testostérone, non mais!), de sueur, de rage intérieure et très souvent de cœur brisé. C’était me tromper. Flo Jallier crée la surprise. Elle la crée avec son héroïne atypique : le caractère de cette dernière est si bien travaillé que Tara devient vraisemblable, réelle presque. Sombre, taciturne, orgueilleuse, passionnée, on apprend à la connaitre et à la détester : n’allez pas me dire que vous avez apprécié les premières lignes peignant cette demoiselle ô combien arrogante. Perso, dès les premières lignes, j’ai eu envie de monter sur le ring, moi, pour lui en coller au moins, à elle. Était-ce le but escompté ? Sans doute. Car, ensuite, nous pénétrons dans l’intérieur de la demoiselle, dans les coulisses et là, on a plutôt envie de lui donner une petite tape amicale sur l’épaule. Loin des projecteurs, des médias, la peinture s’écaille pour nous montrer des sentiments aussi secs et brutaux que les coups pris et rendus sur le ring. Guerrière sur le ring, qu’en est-il dans les coulisses ? Les amis, la famille, les amours … parvient-elle à être autre chose qu’une boxeuse en voie de devenir championne ? Parvient-elle à se trouver une place dans le cœur des siens ? Laisse-t-elle une place à autre chose que la boxe ?
Flo Jallier se sert de la boxe, de sa Tara pour nous rappeler une chose : il ne faut pas s’oublier, il ne faut pas oublier d’où l’on vient et le chemin parcouru pour y être arrivé. La vie est faite de rencontres. Anodines. Importantes. Elles ont toutes un impact sur qui nous sommes. Chaque coup pris est aussi important que chaque coup rendu. On avance en montant sa garde, affrontant de face les Autres et le Monde. Puis, parfois, on baisse sa garde. Erreur d’inattention. Trop de confiance. Un coup. LE coup. L’électrochoc qui nous remet sur terre, le cul sur une chaise à affronter la Vérité. Néanmoins, je pense que cette « morale », cette sentence finale aurait dû être davantage soignée … plus appuyée. J’aurais voulu recevoir un coup sous le menton en fermant le roman …

Avec Mon plus grand combat, Sarbacane signe une fois encore ce que j’appelle une jolie histoire de vie. Sans doute appréciée des amoureux de boxe comme de jeunes féministes tête à claques, je pense qu’on peut rapidement y trouver tout ce que l’on aime.

Macao Men de Gabriel Guillet

Je ne connais rien au Poker mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier la lecture de Macao Men, le premier roman de Gabriel Guillet. Alors ne me balancez pas cette excuse sans fondement pour ne pas aller l’emprunter, le commander, l’acheter et le dévorer.

Nous suivons les pas d’Hercule Tambour et Eliot Sherman, deux joueurs de poker professionnels qui ont le sentiment qu’ils tiennent le monde entre leurs mains, à Macao. Nouvelle Sodome du jeu et de la prostitution. Ville de tous les Vices où se tient la plus grosse partie du Monde.
Avec ce roman, nous découvrons la ville de Macao tout comme le Poker. L’auteur parvient à nous faire voyager, à nous entrouvrir les portes de cette ville du Jeu où l’argent est partout présente. Sur les tables de casino comme dans les poches des maquereaux. Inquiétante, elle peut vous mener à la Gloire comme au plus profond des Enfers. Macao inquiète, fascine et attire. Semblable à Macao, le poker joue avec vos émotions. Il vous cause ces montées d’adrénaline insoutenables, vous fout des bouffées de chaleur avant de vous faire exulter de joie, de soulagement. Danse des émotions. Folie des grandeurs. Bluffs. Victoire jouissive. Cruelle et saisissable défaite. Le poker pousse et repousse les limites humaines. Le poker, c’est la prise irraisonnable – quoique – de risques sans cesse plus gros. L’auteur nous peint avec justesse l’atmosphère de la table de poker, ces joueurs, leurs pensées, leur désir mais surtout les émotions qui s’emparent d’eux à chaque fois que leurs doigts caressent les jetons.

Avec ces deux éléments pour fond de premier roman, Gabriel Guillet pouvait que nous offrir un roman palpitant où le lecteur salive, jubile, s’inquiète, anticipe, se frustre au rythme des pages. Si vous avez un passionata de poker parmi vos proches, peut-être est-ce un excellent cadeau à déposer au pied du sapin … quant à toi, lecteur curieux, courre après les dollars avec ces joueurs professionnels ! Merci à Daphnis et Chloé pour cette découverte.

de l’eau pour les éléphants de sara gruen

L’hiver allemand commence à poindre le bout de son nez et il est temps de donner un peu de couleurs et de chaleur à ce blog. Pour ce faire, j’ai pensé à ce roman lu il y a quelques semaines (ou alors serait-ce un mois ?) et dont je n’ai pas encore eu le temps de parler. De l’eau pour les éléphants. Comme beaucoup, j’avais entendu parler de cette œuvre grâce ou à cause (à vous de voir la manière dont vous le considérez) du rôle que tient Robert Pattinson dans le film. Je tiens à préciser que même si ce roman m’a été connu par le film, j’ai attendu de lire le livre pour regarder le film. Eh oui, que voulez-vous, je possède quelques valeurs tout de même.

Bien, que dire sur ce roman ? Peut-être pourrions-nous commencer par le fait qu’il s’agisse d’un sujet original traité avec intelligence. Au fil de notre lecture, nous sentons l’intérêt de l’auteure pour cette œuvre : elle a fait des recherches sur cette époque, sur ce qu’était le cirque et elle nous glisse même quelques photographies pour donner davantage de couleurs (est-ce approprié puisqu’il s’agit de photographies en noir et blanc). Je pense que ce sont ces éléments mis bout à bout qui nous permettent de réaliser cette plongée au cœur du cirque itinérant. L’époque, le contexte, la ribambelle de personnes parfois attachants souvent détestables, le cirque, les dialogues, le rythme de l’écriture. Les ingrédients pour me faire aimer cette œuvre étaient présents et c’est pour cette raison que je sors de cette œuvre avec un sourire mélancolique sur les lèvres. Promesse tenue madame Gruen. Je ne regarderai plus les cirques du même œil.

Quant à son adaptation cinématographique, je pense qu’elle est fidèle à l’œuvre romanesque bien que je considère que les passages de la maison de retraite me faisaient mourir de rire et parfois sourire tristement … ils m’ont un peu manqué.

Mais bon sang ! C’est un petit coup de cœur cette merveille !

Skin de Hanro Smitsman

La semaine dernière, je regardais Skin de Hanro Smitsman et vous savez quoi ? J’ai aimé.

Le synopsis :

Inspiré d’une histoire vraie qui a eu lieu en 1983, quand le fils de 16 ans d’un père juif gravement traumatisé par la Deuxième guerre mondiale passe du statut d’adolescent difficile à celui de néo-nazi et meurtrier d’un garçon de 13 ans d’origine antillaise.

Mon avis  en quelques mots & en bordel :

▬ L’acteur principal joue très bien, n’a pas une tronche connue et ça, ça fait plaisir. Il faut dire que le film est néerlandais alors tout le monde est inconnue au bataillon, ça nous permet de prendre ‘au sérieux’ l’histoire qui se fonde sur une histoire vraie. Ça donne du réalisme à l’œuvre cinématographique.
▬ Le contexte historique est très intéressant et les œuvres sur cette période me touchent toujours.
▬ Crise identitaire. *_*
▬ La thématique sur le mouvement punk, skinhead et malheureusement des bonehad (qui eux sont nazis) a toujours été une thématique intéressante à mes yeux sûrement à cause de sa complexité. Je m’intéresse aux différentes œuvres (écrites, cinématographiques, photographiques) sur la question alors si vous en connaissez, n’hésitez pas à les partager ici. J’ai beaucoup aimé le réalisme porté sur cette thématique notamment la scène du concert avec le salut nazi.
▬ Malheureusement, on reste dans la dialectique des ‘blancs’ et des ‘noirs’ alors que je cherche toujours une œuvre qui dépasse ce manichéisme. Néanmoins, mettez des skinheads noirs dans un film et vous m’avez déjà parmi vos admirateurs.

Ce film est donc un coup de cœur. Très touchant. Je vous le conseille.

Alice et le prince barbant de Cristina Alonso

Voilà une lecture qui ne me ressemble pas du tout. J’ai surpris pas mal de monde en le trimbalant dans mon sac … Maintenant que le livre est lu, je n’ai pas grand chose à dire sur le sujet et comme le disait R. Devos : « même si je n’ai rien à dire, je vous le dis quand même ». Roman que je qualifie de parisien (comme je les déteste).

Et, comme tout roman parisien qui se respecte, il possède les ingrédients essentiels à mon dégoût :

  • une écriture à la première personne qui ne nous apporte pas grand chose, pas d’introspection soignée, pas de recul sur le contexte et sur les actions (je pouffe de rire en écrivant le mot action) ;
  • une peuplade de bobos et de personnages caricaturés. Je peux vous citer les femmes qui travaillent dans le marketing et la mode et qui ne pensent qu’au shopping, les adolescents détestables, les coqueluches des télé-réalités, le quarantenaire qui fait son coming-out, la quarantenaire qui change de vie, l’épouse jalouse, l’amitié à la desperate housewives. Les personnages ne sont ni travaillés, ni finement pensés. Des personnages en papier mâché ;
  • une ribambelle de références qui n’apportent rien sinon des haussements d’épaule et de longs et las soupirs ;
  • une histoire de vie à la con alors que traitée autrement et avec plus de profondeur, cette histoire aurait pu prendre un autre tournant : on ne s’invente pas écrivain ;
  • une fin qui m’inspire un profond : MOUAIS.

J’ai lu ce roman en deux heures. Deux heures de perdues.

Je sais que ce type de roman possède un large public. Un public féminin avoisinant la trentaine. Un roman de gare, certains me diront. Mais depuis quand les romans de gare, les romans d’évasion doivent nous prendre des blaireaux ? Depuis quand les romans de gare doivent être aussi mal écrits ? Arrêtons-nous deux secondes là-dessus et je demande à ceux et celles qui lisent et aiment ce type de roman : qu’est ce que cela vous apporte ? Comment vous sentez-vous après avoir fini ces romans ? Est-ce qu’ils vous permettent de vous évader ? D’entrevoir quelque chose de plus profond, de vous faire réfléchir ? Parce qu’à mes yeux, ces romans ont le même effet qu’un épisode de Les Chtis à Miami : une pause cérébrale abrutissante si elle est prolongée.

Je suis sa fille de Benoit Minville

Salaires en baisse. Licenciement économique. Crédit. Autorisation de découvert. Chômage. Crise. Dépression économique et nerveuse. Faits divers comme les suicides chez Orange. Stress. Concurrence malsaine. La Crise. Aujourd’hui, nous voyons la Crise partout. Il nous suffit de regarder un peu autour de nous, d’ouvrir les yeux. Nous la voyons en achetant un croissant à la boulangerie pour notre quatre heures, en allant au Super U du coin pour faire nos courses, en regardant les informations à la télévision. Elle est partout. Omniprésente depuis des années, elle s’est incrustée dans nos vies tel un virus contre lequel nous ne possédons aucun traitement ou alors ce ne sont que de simples placebos sans réel effet positif. La Crise est omniprésente dans nos vies, dans nos quotidiens routiniers et banals à tel point qu’elle a perdu de son importance … à tel point qu’elle est devenue « normal », « banale » … à tel point que nous ne la regardons plus avec colère mais avec un air dépité et las : après tout, que peut-on faire contre cette Crise qui dépasse nos capacités et notre entendement ?

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Benoit Minville dans Je suis sa fille plante son décor dans notre époque. Époque sombre à laquelle nous nous sommes néanmoins habitués. La Crise nous touche tous, elle touche tout le monde y compris ce duo père-fils. Gentille petite famille. Gentil petit duo heureux dans leur train-train sans vague ni heurt. La Crise les touche tel un raz de marée, elle les détruit. Eux et leur bulle. Tentaculaire, la Crise les serre pour les vider de tout espoir. Ils sont touchés. Ils sont fichus. Fichus ? C’était sans compter l’adolescence : enfants des pingouins que l’on croise dans le métro, enfants de ces salariés qui triment nuit et jour pour pouvoir joindre les deux bouts. Utopiste, anarchiste, naïve, la génération suivante a peut-être la clef. Peut-être que c’est dans la juste colère d’une adolescente que la solution est ? Avide de changement, assoiffée de vengeance, désireuse de mettre un terme à tout cela, notre héroïne clame haut et fort que : « le changement c’est maintenant ! » (parce que de toute manière, c’est ce qu’on nous avait promis, pas vrai ?). Je suis sa fille de Benoit Minville est un cri de révolte sous fond de road trip français. Porté par des personnages hauts en couleurs et en quête de réponse, le roman a la force des balles qui se trouvent dans ce pistolet. Roman moderne, Je suis sa fille n’est selon moi pas à réserver uniquement au public adolescent … ce roman devrait se trouver entre les mains de ceux qui observent, qui parfois perdent espoir mais qui gardent au fond d’eux cette rage grouillante au fond de leur estomac. Mettant à jour des héros auxquels on ne s’entend pas, révélant une histoire de vie à laquelle on ne prête que rarement attention, Je suis sa fille est à mes yeux le raz le bol qui nous touche tous …

Félicitations à son auteur qui sait jongler avec les émotions des lecteurs pour ne pas tomber dans le mélodrame digne des téléfilms de M6. Félicitations à la Maison d’édition Sarbacane qui ajoute une fois encore une jolie perle à sa collection Xprim.