Vers le bleu de Sabrina Bensalah

Ornella et Anoushka vivent dans une caravane avec une mère loufoque et immature. Alors que la petite Anoushka prépare l’élection de Mini- Miss Camping, Ornella se prépare à quitter le trio devenu étouffant pour enfin vivre sa vie, sa vie à elle ! Malheureusement, elle sera devancée par « La Mère », qui se sauve avec un vieil ami d’enfance fraîchement retrouvé… Et Ornella, qui rêvait de liberté, doit assumer l’éducation de sa sœur, l’impayable Noush. Mais rapidement, Noush se révèle très débrouillarde. Elle entraîne sa sœur dans de drôles de combines pour survivre – et parsème de fantaisie le difficile quotidien.

Avec un sujet comme celui-ci, il aurait été plus que facile de tomber dans le Pathos larmoyant, de faire trembler quelques lèvres, d’imposer des mines hypocritement compatissantes, d’en faire un parfait sujet de téléfilm qui serait passé à M6. Peut-être que cela aurait même eu son petit succès auprès d’un public. Oui mais voilà, ce sujet a été traité chez Sarbacane … chez Exprim. Là où on maîtrise parfaitement les injections de sentiments. Là où on flirte avec avec le pathos sans sombrer dans le misérabilisme. Là où on écrit la Vie.
Ornella et Anoushka sont deux soeurs perdues au milieu d’un camping. Si on pensait que les campings rimaient toujours avec vacances, perroquets et belote, on est assez loin du compte. Hors saison, cela fait beaucoup moins rêver. Avec Vers le bleu, nous découvrons une galerie de personnages profondément humains. L’auteure ne sombre pourtant pas dans la caricature, manière trop habituelle de peindre des personnages. Tous ces personnes se trouvent dans la nuance ce qui leur donne une dimension presque trop familière. Ils prennent vie. Vers le bleu est un extrait de notre époque, de notre chez nous. Sans artifice. Sans folie. Sans excès. Juste un morceau de notre monde que l’auteure a bien la gentillesse de nous offrir sur une table de PMU.
Je n’y ai pas vu d’espoir, de volonté moralisatrice, de bons sentiments à la TF1. J’y ai simplement vu un petit bout de vie, un oeil de boeuf sur la vie de ces deux soeurs qui vivent, survivent sans perdre l’innocence et le bonheur d’un sourire. Magique.

Publicités

Indomptables de Philippe Arnaud

Il était grand temps pour moi de remettre le couvert avec la maison d’édition Sarbacane et sa collection Exprim. Il est donc temps pour moi de vous parler d’Indomptables, roman de Philippe Arnaud paru chez Sarbacane.

France – Cameroun.

Non, il ne s’agit pas d’une annonce de match de football mais bel et bien du pont qui est fait entre les deux pays au sein du nouveau roman de Philippe Arnaud.

Au Cameroun, nous rencontrons Jean-Jules et Momo. Jean-Jules est un Bamiléké, une ethnie de tradition animiste, christianisée. Momo, quant à lui, est un Peul, musulman. Allant au-delà de cette différence de culture, les deux garçons se lient d’une amitié sincère … à l’ombre d’un manguier où les langues se délient, où les cœurs s’ouvrent, où les plaies cicatrisent et où des éclats de rires se mêlent aux notes d’une musique américaine. Deux gamins qui grandissent dans deux univers différents, au sein du même Cameroun : ce Cameroun ensoleillé pouvant être aussi brutal que plein d’amour. En France, nous découvrons Olivia à travers quelques bribes de son journal intime. Ici, la colère éclate à chaque phrase, à chaque page. Grandir et se construire dans une rage grandissante, incompréhensible et dévorante : c’est le combat d’Olivia. Elle explose en musique, en paroles. Si Jean-Jules et Momo essaient de s’accrocher fermement à la vie, à la croquer à pleine dents … Olivia, elle, la déchire à coups d’incisives. Indomptables, c’est le point de rencontre entre ces trois êtres qui auraient pu ne jamais se rencontrer. Indomptables, c’est le moment où tout bascule et où tout se joue.
C’est avec une plume addictive et humaniste que Philippe Arnaud aborde de nombreuses thématiques qui viennent se fondre dans la vie de ces trois pré-adolescents. On pourrait vous citer la prostitution, le SIDA, l’immigration, les passeurs … et j’en passe. N’allez pas croire qu’Indomptables est un récit larmoyant dont le seul but est de vous montrer les déceptions de notre monde. Non ! Indomptables est beau. Il est beau parce qu’il dessine avec force et poésie la puissance des liens qui peuvent unir deux êtres, l’amitié, l’entraide.

Il me semble difficile de coucher par écrit ce que je ressens après une lecture comme celle-ci… Je peux néanmoins vous parler d’une expérience de lecture intéressante qui vient vous chatouiller les tripes parce que, sincèrement, ce récit est tellement la Vie qu’il ne peut vous laisser indifférent.

La gueule du loup de Marion Brunet

Celui qui pense que l’amitié, c’est un peu la route des Bisounours où tout va pour le mieux, et bien c’est qu’il n’a surement jamais rencontré de véritable ami. Parce que l’amitié, c’est un sentiment extrême. C’est parfois des crises, des crises de nerfs ou de rires. C’est cet incroyable sentiment qui vous transperce de part en part, toujours, que ce soit pour vous faire pousser quelques jurons ou d’autres mots d’amour. L’amitié, elle laisse des marques. Toujours. Lou et Mathilde ne vous diraient pas le contraire.

Le nouveau roman de Marion Brunet – que vous connaissez avec Frangine ou l’ogre au pull vert moutarde – aborde le thème de l’amitié sous le soleil de Madagascar. Pourquoi Madagascar ? Parce que Mathilde a encore pondu une super idée pour le duo : après avoir leur bac, elles s’offriront un petit séjour loin de la routine et du train-train banal de l’hexagone. Le bac en poche, elles partent à l’aventure, ensemble. Si Mathilde est plutôt du genre à vouloir tout découvrir, à tout décider, à prendre des risques tout en emmerdant un peu sa daronne au passage … Lou est plutôt la suiveuse, celle qui se repose sur son amie tout en râlant parfois, juste pour la forme. Et, elles sont là. Finalement, à Madagascar. A peine le livre commencé, nous avons le sentiment que quelque chose de terrible va se produire. Par son écriture, Marion Brunet parvient à nous faire ressentir cette ombre latente dans le paysage à la fois paradisiaque et cruel de Madagascar. Elle est là, la douloureuse aventure. Quelque part. Elle guette.  Et nous, on attend le moment où les filles tomberont dans la gueule du loup …

Il est là, « l’homme qui va faire dévier leur route ». Le loup, le fameux loup. Alors commence la traque du prédateur. Alors commence la peur qui vous serre les tripes, l’adrénaline qui vous fait faire l’impossible. Nous, lecteurs, nous nous retrouvons pris au piège dans cette course folle. Nous nous retrouvons coincés dans ce tourbillon avec cette folle envie de les voir creuser la distance. On tourne les pages, vite, comme si cela pouvait aider … mais nous ne sommes que témoins de la situation.

Si Marion Brunet nous tient en haleine  tout au long du roman initiatique, elle me laisse perplexe quant à sa fin. La fin d’un roman, la partie toujours un peu délicate … celle où il faut faire plaisir à son petit lecteur … Je me suis retrouvée avec cette fin comme si je venais de me prendre un mur en pleine tête. Pourquoi ? Parce que ce n’était pas la fin que j’attendais ou que je voulais ? J’aimerais pouvoir vous donner une réponse, pouvoir analyser ce drôle de sentiment qui m’a traversé à la lecture des dernières pages mais cela me semble impossible … Je suis toujours dans la digestion du roman, de cette course folle avec les filles. Et il est peut-être là le coup de chapeau de Marion Brunet … son roman ne me sort pas de la tête.

Bloc de haine de Bruno Longchampt

Un roman X’prim, ca annonce toujours un peu la couleur de la lecture. Ca sent le roman à la grande gueule. A peine as-tu lu la quatrième de couverture, tu sais déjà que tu vas en prendre plein le cœur … et bon sang ! Qu’est-ce que cela te rend impatient !

Bloc de haine, c’est l’histoire d’un mec. Le mec grandit à Marseille. Il a des potes et une famille. Comme tout le monde. Rien de spécial et puis … y’a quelque chose qui part en vrille. Ca doit faire CLIC dans sa tête … Bouffé par la haine, il détruit tout ce qu’il y a autour de lui … y compris lui-même. Cette haine, elle prend racine dans le Racisme. Le racisme banalisé du début : celui du mec qui met tout le monde dans le même panier, celui du mec qui écoute ce que balancent les médias, celui du mec qui n’a qu’un mot à la bouche « insécurité » mais aussi celui du mec qui ne fait que parler. Mais aucun racisme ne doit être banalisé parce qu’il ne suffit d’un rien, d’un rien du tout pour sombrer …
Passage par la case prison. Presque inévitable.
C’est là-bas qu’on fait la connaissance d’Alex. Gringalet devenu Hulk, on suit le flux de ses pensées et de ses journées routinières. On découvre son compagnon de cellule – Abid – et surtout, on découvre le vrai-Alex … à travers ses flash-back. Le lecteur que nous sommes est transporté dans la vie de ce gamin de vingt-cinq ans. On essaie de nous montrer le chemin qu’il a pris, ce chemin tordu qui l’a conduit à la Haine. On essaie de comprendre ce cheminement mais bordel ! on a notre bonne conscience de « gars bien » qui fait qu’on le déteste cet enfoiré de facho et qu’on se refuse à lui trouver la moindre justification. On s’insurge. On se choque. On en est là … à essayer de comprendre, à essayer de penser à une issue de secours mais, cela nous paraît totalement impossible. Il est pourri par la haine.

Bloc de haine est porté par une écriture qui lui fait honneur. La plume blesse le papier. Les mots sont des uppercuts. Chaque flash-back est le coup qui nous remet la tête sous l’eau. On en prend plein la tronche. Mais, je vous rassure, Bloc de haine ne cherche pas à sortir les violons, à dire combien le racisme c’est nul ; combien vivre dans le respect, c’est important. Bloc de haine, c’est un peu le constat d’urgence. Un cri. Le livre qui te balance à la tronche ce dont tu te doutes un peu : notre monde va sacrément mal. Et, on est un peu tous impuissants : on ferme les yeux, pire on les baisse, on atténue la vérité …

Petits – GROS ? – plus pour Marseille dont on parle avec franchise et avec humanité ; pour donner naissance à un personnage comme celui d’Alex et surtout de me l’avoir offert en exclusivité mondiale 🙂

Bref, tous les ingrédients sont réunis pour faire de Bloc de haine une réussite. Casquette basse les gars ! Et du coup, j’ai ré-écouté Petit Bonhomme des Wriggles.

Mon plus grand combat de Flo Jallier

Coup droit. Jeu de jambes. Uppercut. Souffle coupé. Coup droit. Riposte. Garde montée.

Comme son nom l’indique, Mon plus grand combat prend place sur le ring mais également – surtout ? – dans les coulisses du ring. En ayant vu des films comme The wrestler, De rouille et d’os et One million dollar baby, je pensais avoir tout vu de ces univers rempli d’hormones (pas uniquement de testostérone, non mais!), de sueur, de rage intérieure et très souvent de cœur brisé. C’était me tromper. Flo Jallier crée la surprise. Elle la crée avec son héroïne atypique : le caractère de cette dernière est si bien travaillé que Tara devient vraisemblable, réelle presque. Sombre, taciturne, orgueilleuse, passionnée, on apprend à la connaitre et à la détester : n’allez pas me dire que vous avez apprécié les premières lignes peignant cette demoiselle ô combien arrogante. Perso, dès les premières lignes, j’ai eu envie de monter sur le ring, moi, pour lui en coller au moins, à elle. Était-ce le but escompté ? Sans doute. Car, ensuite, nous pénétrons dans l’intérieur de la demoiselle, dans les coulisses et là, on a plutôt envie de lui donner une petite tape amicale sur l’épaule. Loin des projecteurs, des médias, la peinture s’écaille pour nous montrer des sentiments aussi secs et brutaux que les coups pris et rendus sur le ring. Guerrière sur le ring, qu’en est-il dans les coulisses ? Les amis, la famille, les amours … parvient-elle à être autre chose qu’une boxeuse en voie de devenir championne ? Parvient-elle à se trouver une place dans le cœur des siens ? Laisse-t-elle une place à autre chose que la boxe ?
Flo Jallier se sert de la boxe, de sa Tara pour nous rappeler une chose : il ne faut pas s’oublier, il ne faut pas oublier d’où l’on vient et le chemin parcouru pour y être arrivé. La vie est faite de rencontres. Anodines. Importantes. Elles ont toutes un impact sur qui nous sommes. Chaque coup pris est aussi important que chaque coup rendu. On avance en montant sa garde, affrontant de face les Autres et le Monde. Puis, parfois, on baisse sa garde. Erreur d’inattention. Trop de confiance. Un coup. LE coup. L’électrochoc qui nous remet sur terre, le cul sur une chaise à affronter la Vérité. Néanmoins, je pense que cette « morale », cette sentence finale aurait dû être davantage soignée … plus appuyée. J’aurais voulu recevoir un coup sous le menton en fermant le roman …

Avec Mon plus grand combat, Sarbacane signe une fois encore ce que j’appelle une jolie histoire de vie. Sans doute appréciée des amoureux de boxe comme de jeunes féministes tête à claques, je pense qu’on peut rapidement y trouver tout ce que l’on aime.

Je suis sa fille de Benoit Minville

Salaires en baisse. Licenciement économique. Crédit. Autorisation de découvert. Chômage. Crise. Dépression économique et nerveuse. Faits divers comme les suicides chez Orange. Stress. Concurrence malsaine. La Crise. Aujourd’hui, nous voyons la Crise partout. Il nous suffit de regarder un peu autour de nous, d’ouvrir les yeux. Nous la voyons en achetant un croissant à la boulangerie pour notre quatre heures, en allant au Super U du coin pour faire nos courses, en regardant les informations à la télévision. Elle est partout. Omniprésente depuis des années, elle s’est incrustée dans nos vies tel un virus contre lequel nous ne possédons aucun traitement ou alors ce ne sont que de simples placebos sans réel effet positif. La Crise est omniprésente dans nos vies, dans nos quotidiens routiniers et banals à tel point qu’elle a perdu de son importance … à tel point qu’elle est devenue « normal », « banale » … à tel point que nous ne la regardons plus avec colère mais avec un air dépité et las : après tout, que peut-on faire contre cette Crise qui dépasse nos capacités et notre entendement ?

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Benoit Minville dans Je suis sa fille plante son décor dans notre époque. Époque sombre à laquelle nous nous sommes néanmoins habitués. La Crise nous touche tous, elle touche tout le monde y compris ce duo père-fils. Gentille petite famille. Gentil petit duo heureux dans leur train-train sans vague ni heurt. La Crise les touche tel un raz de marée, elle les détruit. Eux et leur bulle. Tentaculaire, la Crise les serre pour les vider de tout espoir. Ils sont touchés. Ils sont fichus. Fichus ? C’était sans compter l’adolescence : enfants des pingouins que l’on croise dans le métro, enfants de ces salariés qui triment nuit et jour pour pouvoir joindre les deux bouts. Utopiste, anarchiste, naïve, la génération suivante a peut-être la clef. Peut-être que c’est dans la juste colère d’une adolescente que la solution est ? Avide de changement, assoiffée de vengeance, désireuse de mettre un terme à tout cela, notre héroïne clame haut et fort que : « le changement c’est maintenant ! » (parce que de toute manière, c’est ce qu’on nous avait promis, pas vrai ?). Je suis sa fille de Benoit Minville est un cri de révolte sous fond de road trip français. Porté par des personnages hauts en couleurs et en quête de réponse, le roman a la force des balles qui se trouvent dans ce pistolet. Roman moderne, Je suis sa fille n’est selon moi pas à réserver uniquement au public adolescent … ce roman devrait se trouver entre les mains de ceux qui observent, qui parfois perdent espoir mais qui gardent au fond d’eux cette rage grouillante au fond de leur estomac. Mettant à jour des héros auxquels on ne s’entend pas, révélant une histoire de vie à laquelle on ne prête que rarement attention, Je suis sa fille est à mes yeux le raz le bol qui nous touche tous …

Félicitations à son auteur qui sait jongler avec les émotions des lecteurs pour ne pas tomber dans le mélodrame digne des téléfilms de M6. Félicitations à la Maison d’édition Sarbacane qui ajoute une fois encore une jolie perle à sa collection Xprim.

C’est dans la boite …

Un petit billet pour vous faire part des lectures au programme pour le mois de septembre qui arrive à grandes enjambées. Et en un sens, ça me déprime un peu. Le mois de septembre m’a toujours fait déprimer : avec l’école, on se sent toujours obligées de considérer le mois de septembre comme un nouveau … même quand ça fait un an qu’on est diplômée. EPIC FAIL!

Les lectures au programme sont :

 

et Confessions d’un apprenti gangster d’Axl Cendres.

 

Évidemment, je remercie une fois encore la maison d’édition Sarbacane pour sa confiance et ses petites merveilles ainsi que l’Edition Seconde Chance qui est toute nouvelle sur le blog. Si l’un ou l’une d’entre vous a lu ou est en train de lire un de ces livres, levez la main … on pourrait en discuter ! 🙂