Marion Brunet nous parle de son Ogre au pull vert moutarde …

Avec son Frangine paru chez Sarbacane, collection Exprim, Marion Brunet parvient à nous conquérir … Un roman moderne qui se dévore en une bouchée. Elle nous revient – pour mon plus grand plaisir, je l’admets – avec L’ogre au pull vert moutarde toujours chez Sarbacane mais au sein de la nouvelle et prometteuse collection Pepix.

Abdou et Yoan vivent dans un foyer pour enfants. Oui, ces enfants dont personne ne veut … ceux qui n’ont « pas d’avenir », comme le répète l’horrible Directeur du foyer. Heureusement, les deux copains ont de la ressource ; et quand ils découvrent que le nouveau veilleur de nuit, ce bonhomme énorme, très très costaud et très très laid, est un ogre, ils ripostent.

Dis-nous en un peu plus sur la genèse de l’Ogre au pull vert moutarde ?
Quand Tibo Bérard m’a parlé de son projet de collection, il m’a tout de suite donné envie de faire partie de l’aventure – bon, il est très communicatif pour l’enthousiasme… Il a parlé d’humour, d’univers d’enfance où « soudain, tout est possible ». C’était tentant ! Et puis être au départ d’un projet comme celui-là, c’était vraiment excitant, on se posait des tas de questions sur la forme que ça pouvait prendre : il n’y avait pas vraiment de « modèle » précis, juste plein de références très différentes. Des tas de possibles à explorer. Je l’ai écrit assez rapidement, portée par toute cette énergie. C’était très intéressant, parce qu’il y avait à la fois une contrainte de départ plus serrée qu’avec Exprim’, et j’ai pourtant senti une grande liberté en l’écrivant. J’avais envie que ce soit drôle, et que ça fasse rire enfants et adultes. S’autoriser l’impertinence, c’était vraiment amusant, et j’espère que les lecteurs s’amuseront aussi.

Sachant que tu as travaillé comme éducatrice spécialisée, est-ce que ton expérience professionnelle auprès des enfants t’a inspiré tout cet univers ?
Complètement. Yoan et Abdou, La Boule, Zoé, Mathéo, ce ne sont pas des enfants qui existent réellement, mais j’ai beaucoup pensé aux gamins avec qui j’ai travaillé en écrivant le bouquin ; des gamins abimés mais aussi très futés, débrouillards et solidaires – par la force des choses. Le livre est d’ailleurs dédicacé « aux enfants de La Louve », qui est une Maison d’Enfants à Caractère Social dans laquelle j’ai bossé plusieurs années, et dont j’ai gardé énormément de souvenirs.
Sinon, tu sais, actuellement je suis toujours éduc’, mais en psychiatrie, avec des ados.

Est-ce que tu as déjà subi les mêmes petits tours que nous conseillent tes héros Yoan et Abdou ? (par exemple, donner sa langue au chat ou comment faire monter la mayonnaise ? — etc)
Pour être tout à fait honnête, les « petits tours » d’Abdou et Yoan sont plutôt gentils à côté de la réalité… L’accueil d’un nouveau, en foyer, ça peut être une vraie épreuve du feu. Mais bosser en foyer, c’est aussi plein de petits bonheurs.
Le « jeu du pire », c’est moi qui y jouais avec ma meilleure amie, mais beaucoup plus grande que Yoan et Abdou (on y jouait encore au lycée), mais du coup, les propositions étaient vraiment atroces !
Pour le chapitre-bonus : « Marcher sur des œufs », j’avais envie de me moquer un peu de ces champs lexicaux propres à chaque profession, qui noient dans un vocable de spécialiste des choses finalement très simples… et montrer que les gamins ne sont pas dupes.

D’où vient cette idée d’introduire un Ogre dans un contexte aussi réel que les foyers pour enfants ?
Un univers où « soudain, tout est possible », c’est la porte ouverte à des mélanges improbables ! Et puis l’Ogre, comme les sorcières et les loups, c’est l’univers du conte, et au fond je trouve que ça reste des figures symboliques passionnantes, y compris dans du roman adulte. J’aime bien la relecture moderne qu’on peut faire de ces figures-là. Bon, et puis le côté « dévoreur » de l’Ogre, c’est un truc qui me plait bien.

Et, parce que je ne souhaite pas l’oublier – les dessins sont superbes – comment s’est déroulé ta collaboration avec Till Charlier ? Est-ce que tu as lui donné ta vision des personnages ou alors est-ce un peu sa vision que nous découvrons sous son crayon ?
Je n’ai pas eu de contact avec Till, mais Tibo m’a fait passer ses dessins au fur et à mesure. Ma vision des personnages, à mon sens, elle est dans le bouquin. Lui, j’imagine qu’il s’est saisi de mes mots et de son imaginaire pour faire ses dessins, à mon grand bonheur. J’ai tout de suite aimé son style et la façon dont il a donné vie en images à mes personnages. C’était assez magique, d’ailleurs, de les voir exister comme ça, de voir comment l’imaginaire de Till se mélangeait au mien. J’espère qu’il s’est amusé lui aussi.

Auteure jeunesse ? Qu’est-ce que cela signifie pour toi ? Quelles sont les joies et les peines d’un auteur jeunesse ?
Je sais pas trop ce que ça veut dire, « auteure jeunesse », parce qu’avant l’Ogre, je réfutais l’étiquette. Exprim’, même si c’est de la littérature classée « ado », c’est quand même une collection particulière, qui ne se limite pas à l’âge d’un lectorat – au contraire. Avec Pépix, il y a véritablement une contrainte autour de l’âge des lecteurs. J’avais vraiment les gosses en tête, en l’écrivant. Je pensais aussi à moi, enfant : ce qui m’aurait fait rire, frémir… Et puis j’avais cette idée qu’on peut arriver à être drôle et à les intéresser, mais sans les prendre pour des cons. Pas en bêtifiant. Et leur dire des choses essentielles sans forcément être dans le « message » pédagogique ou démagogique.
Mes joies, concernant tout ça :
Être happée par un projet, par une histoire ; l’écrire petit à petit, la construire et la déconstruire, la retravailler, la tordre, seule et avec mon éditeur. La voir devenir un livre.
Que les lecteurs le « dévorent ».
Rencontrer les lecteurs (pour l’instant, ceux de Frangine, mais bientôt, j’espère, ceux de l’Ogre).
Faire rire, émouvoir, toucher l’autre : ça, c’est une belle dose de joie.
Des peines : quand ça bloque, que la forme ne suit pas l’idée, quand je doute… quelle originalité ! Ah, et le moment où le livre est fini, vraiment fini, j’ai un petit coup de mou, une sensation de vide, et la peur qu’un autre ne voit pas le jour. Mais au fond, pour l’instant, ça va plutôt bien. En plus, j’ai l’immense privilège de n’avoir eu que des retours positifs, que ce soit sur Frangine ou sur L’Ogre au pull vert moutarde. C’est fou !

On ne parle que de Pépix sur les blogs de lecteurs… Certains blogeurs ont même eu la chance de découvrir ton roman en avant-première et de publier une « chronique » à son sujet. Comment ressens-tu ces critiques ?
Beaucoup de plaisir, et de la fierté, aussi. Et puis une sensation étrange, quand « ça t’échappe », que les lecteurs se saisissent de ton bouquin, le lisent, en parlent, et qu’il ne t’appartient plus. C’est déconcertant parfois, et en même temps fascinant ; au fond, c’est le moment où le livre prend vie, véritablement. Il existe sans toi, les lecteurs le font vivre autrement.

D’autres projets ?
Plein !
Un deuxième roman exprim’ sort en septembre : La gueule du loup.
Je pense à un deuxième Pépix, aussi. C’est encore un peu tôt pour en dire plus… mais il est possible qu’on y croise un Ogre – quoi ? Celui qui…? – oui oui, celui-là, avec un tout petit nez et un pull vert moutarde…
Je bosse actuellement sur un troisième Exprim’, qui me cause des insomnies : un vrai puzzle, encore loin d’être abouti !
Et puis j’ai obtenu une bourse qui va me permettre de me consacrer essentiellement à l’écriture pendant quelques mois, et ça, c’est une opportunité merveilleuse.

Qu’est-ce qu’on pourrait te souhaiter pour la suite ?
Que ça continue comme ça a commencé : plein d’idées, plein de livres, plein de lecteurs. Ah, et plein d’autres bourses d’écriture !

Oh et une dernière pour la route. Après un thème aussi -malheureusement- polémique que l’homoparentalité avec Frangine, tu traites ici du monde des foyers pour enfant. Un univers méconnu pour la plupart. Un petit penchant pour les univers « Border-line » et inattendus ?
Oui, ça m’intéresse, bien sûr.
Les failles, c’est intéressant. Les gens fragiles ou abimés, les « pas dans le moule », ceux qui n’ont pas « les bonnes cartes en main »… et qui jouent quand même ! Des personnages qui bluffent, se battent, s’inventent. C’est souvent joyeux au final, même quand ça finit mal – parce que c’est vivant.

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