Apocalypse Bébé de Virginie Despentes

Qui ne connaît pas Virginie Despentes ? Auteure générationnelle peu orthodoxe qui a autant de détracteurs que de lecteurs fidèles. Virginie Despentes c’est plusieurs livres. Toujours crus. Toujours glaçants de vérité. Toujours passionnants et éprouvants. Parfois soumis à une rude critique … voire à des buzz. C’est tout simplement l’auteure d’une époque : la nôtre. Et c’est peut-être cela qui met si mal à l’aise certains lecteurs.

Roman reflet de notre époque. A l’aide de quoi ? A l’aide d’une galerie de personnages que certains jugent caricaturaux ? Caricaturaux ? Vraiment ? Ne connaissez-vous pas d’écrivain auto-centré à mille lieux de la réalité moderne ? Ne connaissez-vous pas de mère au foyer dépressive et faible ? Ne connaissez-vous pas de lesbienne assumée ? Ne connaissez-vous pas de quarantenaire un peu paumée ? D’adolescentes déglinguées ? De banlieusards souhaitant jouer au Joey Starr ? De femmes vénales à la recherche de la sécurité que peut apporter un porte-monnaie bien garni ? Ces personnages sont à mes yeux non pas caricaturaux mais réalistes, tout simplement. Ils font partie de nos vies, de nos quotidiens sans qu’on y prête attention. L’auteure s’amuse tout simplement à les plonger dans le vitriol, à gratter le masque pour laisser apparaître leurs âmes parfois sombres souvent pathétiques.
Chaque personnage – plus ou moins – a la parole. La polyphonie du roman le rend semblable à un puzzle. Chaque personnage possède une pièce. Et le lecteur se doit avec toutes ces pièces de construire l’histoire. La vérité ne tient pas dans la bouche d’une seule et même personne : il faut confronter les paroles, il faut mettre en parallèle toutes les versions de l’histoire pour la connaître réellement. Après tout, c’est comme cela que l’on procède quand on enquête, non ? J’aime l’idée de ces vies qui se croisent, qui se rencontrent et qui se séparent. Parmi ces personnages, on ne peut pas passer à côté de l’explosion de toutes les facettes de la féminité. On y retrouve la saveur de King Kong Théorie. Le désir s’associe à la violence crue, brutale. Le lesbianisme joyeux. L’accomplissement de l’individu dans l’expérimentation, la découverte et le voyage. Les hommes apparaissent dans ce roman comme des machos, des victimes ou tout simplement des lâches. Ils ne sont pas au cœur du roman, ils font partie du décor et ils ne manquent pas tant que cela.

Partant à la recherche de cette adolescente disparue, les deux détectives nous ouvrent les portes de vies tourmentées. Toujours chez Despentes. Le monde des déclassés, des marginaux. Elle le peint toujours avec vraisemblance … sûrement parce que ces mondes ne lui sont pas inconnus à elle, l’auteure. Ce monde c’est un grand sens de la débrouille, le pouvoir d’une grande gueule, la violence non pas gratuite mais pour survivre. Tous les personnages sont dans la tourmente même si on frôle le bonheur, la tendresse et la tranquillité. La tourmente, les ennuis, les angoisses demeurent á quelques pas de nos personnages … triste réalité.
Virginie Despentes gère son scenario drôlement bien. Moment de tension. Road trip effréné. Quête de la vérité. Elle dramatise. Sa plume crache, toujours pour notre plus grand plaisir.

A l’image de tous ses autres romans, Despentes signe un roman féministe ultra moderneles déviances de la société sont pointées du doigt. Personnellement, c’est encore une fois un coup de foudre avec la plume de l’auteure. J’aime cette écriture brute de décoffrage. J’aime ce trentième degré. J’aime cette claque que l’on se prend à chaque tournant. Etre bousculée par Virginie Despentes est un plaisir dont je ne me lasse pas.

L’explication du « radar des gouines » par La Hyène :
– Et tu ne penses pas que ca peut être blessant, pour elles, d’être sifflées dans la rue ?
– Blessant ? Mais non, c’est des hétéros, elles ont l’habitude d’être traitées comme des chiennes, elles trouvent ca normal. Ce qui les change, c’est que ca vienne d’une superbe créature, comme moi. Même si elles ne s’en rendent pas compte, ca allume une faible lueur d’utopie dans leurs pauvres petites têtes asphyxiées par la beauferie hétérocentrée.
– Comment peux-tu savoir qu’elles sont hétéros ou pas ? c’est écrit sur leur tête, peut-être ?
– Evidemment. Je repère une gouine de dos à cinq cents mètres. J’ai le radar. On l’a toutes. Comment tu crois qu’on baiserait, entre nous, si on n’avait pas un sixième sens pour se repérer ?

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