Je suis sa fille de Benoit Minville

Salaires en baisse. Licenciement économique. Crédit. Autorisation de découvert. Chômage. Crise. Dépression économique et nerveuse. Faits divers comme les suicides chez Orange. Stress. Concurrence malsaine. La Crise. Aujourd’hui, nous voyons la Crise partout. Il nous suffit de regarder un peu autour de nous, d’ouvrir les yeux. Nous la voyons en achetant un croissant à la boulangerie pour notre quatre heures, en allant au Super U du coin pour faire nos courses, en regardant les informations à la télévision. Elle est partout. Omniprésente depuis des années, elle s’est incrustée dans nos vies tel un virus contre lequel nous ne possédons aucun traitement ou alors ce ne sont que de simples placebos sans réel effet positif. La Crise est omniprésente dans nos vies, dans nos quotidiens routiniers et banals à tel point qu’elle a perdu de son importance … à tel point qu’elle est devenue « normal », « banale » … à tel point que nous ne la regardons plus avec colère mais avec un air dépité et las : après tout, que peut-on faire contre cette Crise qui dépasse nos capacités et notre entendement ?

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Benoit Minville dans Je suis sa fille plante son décor dans notre époque. Époque sombre à laquelle nous nous sommes néanmoins habitués. La Crise nous touche tous, elle touche tout le monde y compris ce duo père-fils. Gentille petite famille. Gentil petit duo heureux dans leur train-train sans vague ni heurt. La Crise les touche tel un raz de marée, elle les détruit. Eux et leur bulle. Tentaculaire, la Crise les serre pour les vider de tout espoir. Ils sont touchés. Ils sont fichus. Fichus ? C’était sans compter l’adolescence : enfants des pingouins que l’on croise dans le métro, enfants de ces salariés qui triment nuit et jour pour pouvoir joindre les deux bouts. Utopiste, anarchiste, naïve, la génération suivante a peut-être la clef. Peut-être que c’est dans la juste colère d’une adolescente que la solution est ? Avide de changement, assoiffée de vengeance, désireuse de mettre un terme à tout cela, notre héroïne clame haut et fort que : « le changement c’est maintenant ! » (parce que de toute manière, c’est ce qu’on nous avait promis, pas vrai ?). Je suis sa fille de Benoit Minville est un cri de révolte sous fond de road trip français. Porté par des personnages hauts en couleurs et en quête de réponse, le roman a la force des balles qui se trouvent dans ce pistolet. Roman moderne, Je suis sa fille n’est selon moi pas à réserver uniquement au public adolescent … ce roman devrait se trouver entre les mains de ceux qui observent, qui parfois perdent espoir mais qui gardent au fond d’eux cette rage grouillante au fond de leur estomac. Mettant à jour des héros auxquels on ne s’entend pas, révélant une histoire de vie à laquelle on ne prête que rarement attention, Je suis sa fille est à mes yeux le raz le bol qui nous touche tous …

Félicitations à son auteur qui sait jongler avec les émotions des lecteurs pour ne pas tomber dans le mélodrame digne des téléfilms de M6. Félicitations à la Maison d’édition Sarbacane qui ajoute une fois encore une jolie perle à sa collection Xprim.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s