Transamerica de Duncan Tucker

Titre : Transamerica
Réalisateur : Duncan Tucker
Acteur principal : Felicity Huffman – Kevin Zegers
Synopsis : Bree travaille jour et nuit pour pouvoir payer l’opération qui fera d’elle une véritable femme. Contactée de façon complètement inattendue par un adolescent fugueur à la recherche de son père, elle ne tarde pas à comprendre qu’il s’agit du fils qu’elle a eu autrefois d’une liaison sans lendemain, alors qu’elle était encore un homme. Son premier reflexe est de tirer une croix sur son passé, mais sa psychothérapeute exige d’elle qu’elle rencontre ce jeune homme avant de lui délivrer l’autorisation d’intervention chirurgicale dont elle espère tant…

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J’ai découvert Transamerica en recherchant des livres, des films traitant de la transsexualité, un monde que je ne connaissais que de nom. Mon choix s’est porté sur ce film après avoir fait quelques recherches. En effet, Duncan Tucker a pour réalise ce film suivi le parcours d’un transsexuel rencontré par hasard. C’est cette anecdote qui a été la plus déterminante car je me suis dès lors dis que le sujet serait traité avec dignité : et c’est le cas !

Transamerica est porté par une actrice que les adeptes de séries télévisées reconnaitront rapidement (Lynette de Desperate Housewives) : Felicity Huffman. Lynette, la femme forte sachant allier carrière et vie de famille disparaît pour laisser place à un mâle souffrant de dysphorie de genre, se faisant appeler Bree. Prisonnière d’un corps qu’elle n’assume pas, Bree se camoufle, se déguise, joue presque un rôle pour essayer de dessiner le corps qu’elle aimerait avoir, qu’elle pense devoir avoir. Ainsi, les premières scènes sont semblables aux préparatifs d’un acteur montant sur scène. Maquillage. Tenues. Accessoires en tout genre. Maniement de la voix. Bree essaie de devenir une femme, une « femme authentique » bien que seule son opération semble pouvoir lui donner le sentiment d’accomplissement. Je pense qu’il est important de noter cette détermination à contrôler son image car elle est présente tout au long du film et Bree en devient parfois ridicule. Lever le petit doigt en buvant son thé. Avoir de longs ongles manucurés. Veiller à toujours correctement croiser les jambes. Les regards compulsifs dans le miroir. Le miroir omniprésent dans sa vie car il représente l’image qu’elle renvoie aux autres, ce que les autres voient. Un moyen pour elle de contrôler ce qu’elle renvoie. « T’es bizarre » et voilà qu’elle file se regarder dans le miroir pour contrôler sa poitrine, son pénis et son visage. Sans cesse ce besoin de mentir, de masquer la vérité ou plutôt de la dissimuler. « You are not a freak, your are just a liar ». Ce maquillage, ces accessoires, ces manies sophistiquées de femme font d’elle une menteuse et cela semble bien pire que toute dysphorie du genre selon son fils Toby. D’ailleurs, après un deuxième visionnage, nous pouvons discerner les chutes de Bree, ces retours à un comportement masculin où le masque semble s’écailler. Notamment quand son fils lui annonce qu’il veut faire du cinéma pornographique, elle se laisse tomber sur un fauteuil jambes écartées malgré sa robe et bras posés sur les cuisses. Une position décontractée renvoyant aussitôt aux clichés masculins.

Le scénario repose d’ailleurs sur cette relation conflictuelle entre le père et son fils. Tout les oppose. Alors que Bree dissimule son pénis, fuit le regard des hommes. Son fils, Toby, ne cesse de se dénuder, de se montrer, se prostitue même considérant son corps comme un simple objet. Témoin de cette relation en dents de scie, nous attendons avec angoisse le moment où Toby comprendra et où il apprendra la Vérité sur son père. La première fois grâce au rétroviseur de la voiture où il surprend Bree urinant debout en tenant son « pénis ». La seconde fois grâce à une photo de Stanley jeune, son père. Toby le fils parvient à annihiler tout ce que Bree s’évertuait à cacher : son ancienne vie, ce Stanley qu’elle a pu être autrefois. Toby la conduit à l’acceptation de ce qu’elle a pu être et de ce qu’elle est aujourd’hui : une femme qui n’a nul besoin de mille et un artifices pour en être une.

Road-movie, Transamerica est à mon sens non seulement un film sur l’acceptation des Autres mais aussi sur la quête de Soi. En effet, Bree parvient au cours de ce film à accepter ce qu’elle a pu être par le passé – Stanley – et ce qu’elle est aujourd’hui : parent de Toby acteur porno, sa nouvelle mère. Dès le début du film, nous apprenons que Toby, lui, cherche son père et d’ailleurs il ne cesse de se définir par rapport à lui : la généalogie indienne, cette casquette qu’il achète sur la route, cette volonté de vivre avec lui. Il se définit par rapport à cet imaginaire de la paternité pour finalement se définir lui-même, tel qu’il est en acceptant la transsexualité de son père.

Transamerica est un film bouleversant réalisé avec soin, traitant de la transsexualité avec élégance et dignité. J’ai aimé ces touches d’humour qui viennent parsemer ce film poignant notamment les scènes où le duo Toby-Bree rencontre d’autres transsexuels amis de Bree mais également ces scènes où la complicité parent-enfant commence à poindre à bord de cette voiture.

Quelques répliques : « T’es bizarre » « Est-ce que t’es un monsieur ou une dame ? » « C’est pas vraiment une femme, elle a une bite » « Nous sommes infiltrés parmi vous » « Je suis un transsexuel pas un travesti ».

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