Petit, gros et chauve de Carlos Osuna

En allant voir ce film, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Le cinéma colombien ? Je ne savais pas que ça existait. L’animation ? J’ai toujours eu un peu de mal avec ce type de cinéma. Ca ne s’annonçait pas comme une victoire pour le réalisateur en compétition mais ma curiosité m’a aidé à venir voir ce film. Après tout, ce module existe pour développer notre esprit critique et surtout pour nous « ouvrir l’esprit » sur des univers encore méconnus ; alors j’allais passer outre mes préjugés pour laisser une chance de me convaincre à ce réalisateur.

Inutile de dire que durant les premières minutes, j’ai eu mal à la tête. Les dessins ne sont pas fixes, ils bougent ce qui les rend imprécis. (Bien loin des dessins de Persepolis de X). A un moment, je me suis même demandée si le réalisateur n’avait pas dû réaliser une bande dessinée au lieu d’un film. Mais en entrant davantage dans l’histoire, on oublie presque ce détail. Je pense que ça peut tout de même être une barrière pour certains spectateurs ; d’ailleurs, un ami n’a pas vraiment apprécié ce type d’animation et n’est pas resté jusqu’au bout.

Parlons du personnage principal dont la tendresse a été soulignée par le réalisateur au début de la diffusion. Pour ne pas vous mentir, il m’a rapidement fatigué : la caricature du timide qui ne dit rien, qui ne se fait pas respecter, qui ne se respecte pas lui-même, incapable de parler à une femme, incapable de s’imposer. Il s’oublie. Il s’efface. Il courbe l’échine devant les autres en oubliant sa dignité. Je n’ai jamais ressenti de compassion pour ce personnage toutefois je dois avouer que le réalisateur parvient, malgré les traits figés de ces personnages (on ne peut pas voir dans deux points noirs la même puissance que le regard d’un acteur), à susciter des émotions. Même mon cœur d’insensible a tressailli lorsqu’Antonio reçoit le coup de fil de son frère qui l’injurie, lorsqu’au suivant coup de téléphone il cède et va lui donner de l’argent. On parvient à lire la déception d’Antonio dans ses deux minuscules points noirs qui lui servent d’yeux. Il prend conscience de sa réalité, de son problème de timidité, du fait qu’il se fait marcher dessus par son propre frère. Je pense que c’est à partir de cet instant qu’un lien se créée entre le spectateur et le personnage : on entre directement dans son corps, son cœur. On se met à sa place, on s’imagine ce qu’il peut ressentir. Aurais-je de la compassion pour cet Antonio qui m’énervait durant les premières minutes de film ?!

Rien ne va dans cette misérable vie ennuyante, fatigante. A force de bailler, Antonio nous donne envie de bailler. Il ne se passe rien : il va au boulot, il parle avec son voisin dont il a sauvé la vie, il mange, il dort. Puis, il y a ce patron. Ce double pour ainsi dire. A mes yeux, c’est une référence à la thérapie que suit Antonio au cours de laquelle le précepteur parle du miroir du présent, du passé et du futur. Ce nouveau notaire serait alors le miroir du futur d’Antonio ?! C’est ainsi qu’il deviendrait : un homme accompli, épanoui, heureux. Nous le lui souhaitons mais la route semble tellement longue … Pas si longue que ça car enfin, nous lisons des sourires sur le visage de notre héro. Il sourit. Il s’ouvre un peu aux autres. Il nait pour ainsi dire.

Ce serait donc ça ? L’histoire d’un homme qui nait ?


Ce que j’ai préféré dans ce film, c’est sans nul doute sa fin. J’imaginais une fin classique : Antonio embrassant sa collègue Nora, heureux et épanoui. Au lieu de ça, nous découvrons cet Antonio solitaire, heureux et épanoui. J’ai adoré l’idée qu’il ne courre pas dans les jupes d’une femme mais qu’il s’accepte lui-même et qu’il se construise seul. A bas l’idée du célibataire malheureux qui ne s’accepte pas. On voit notre célibataire s’amuser en cuisinant un bon petit plat durant le générique de fin et je dois avouer que cela m’a donné le sourire. Un vrai sourire. Je suis sortie de ce film soulagée. Oubliée la journée difficile. Je ne pense qu’à cet Antonio qui vient de naitre et qui va enfin pouvoir profiter des plaisirs de la vie.

Alors oui c’est vrai, il est difficile de s’adapter à l’animation fébrile. Oui, il est également difficile de plonger dans l’histoire qui a quelques longueurs (les longueurs de la vie non passionnante d’Antonio … d’ailleurs, il ne cesse de bailler au début du film). Mais malgré ça, on ressort avec le sourire ! Je pense que c’est le principal, non ?

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