Baise-moi de Virginie Despentes

Baise moi. De Virgnie Despentes

Bouleversée, révoltée mais surtout choquée ; c’est ainsi que je ferme le livre tant attendu : Baise-moi.

Son sujet. Les femmes. Souvent considérées comme des êtres chétifs, fragiles et naïfs ; la littérature les a souvent peint de la sorte en oubliant que sommeille en elle une incroyable force. Virginie Despentes s’est chargée de mettre en lumière cette force à la fois brutale et poignante par sa fiction mais également et surtout par son style littéraire atypique. Moi-même étant une femme, je me suis jetée à cœur perdue dans ce roman qui nous bouscule, nous chahute et nous empêche parfois de refermer le livre.

Je me souviens encore avoir frissonné en parcourant certaines lignes notamment cet acte – le viol physique ou moral – tournant fatal dans la vie des deux jeunes femmes prénommées Nadine et Manu. Un acte brutal qui vient heurter toute la grandeur, la féminité de l’être. Nous entrons dans le corps de ces jeunes femmes, nous vivons cet acte en leur compagnie. Gênée, je me souviens avoir essayé de sauter quelques lignes mais quelque chose nous en empêche. Quelque chose nous empêche de tourner la page, de passer cette avalanche de violence physique, verbale et littéraire. Qu’est ce donc ? La plume de Virginie Despentes nous retient. Elle fait de nous sa marionnette, s’amusant à nous faire sourire puis soudainement nous chutons.

Habituée à la défense de toute la féminité par des propos aseptisés, nous sommes confrontés à une terrible vérité qui s’échappe des lèvres de Manu. Une vérité qui m’a choqué par tant de véracité. « Ma chatte, je peux empêcher personne d’y entrer, alors je mets rien de précieux à l’intérieur ». C’est cette phrase qui résonne encore aujourd’hui dans ma tête.

Un nouveau féminisme. Celui de la révolte, de la vengeresse assoiffée de sang. Ces deux femmes deviennent sous la plume de Virginie deux figures emblématiques du féminisme moderne. Elles saluent Simone d’un geste de la main pour se hisser à la première place. Les femmes doivent se battre non plus avec des pancartes et des slogans. Non, elles doivent se battre chaque jour contre ceux qui les épient, qui les jugent dès qu’ils voient une paire de jambes … Elles luttent jusqu’à sombrer dans une violence sans nom.

La vie a détruit ce qu’elles avaient de plus beau en elles : l’espoir. Les hommes ont détruit leur idéalisme plus ou moins assumé. Alors, elles décident de reprendre les rennes et nous les suivons. Compagnon de route de ces criminelles, nous les accompagnons dans leur égarement, durant leurs crimes sanglants. Nous ne sommes que témoins. Nous ne pouvons les empêcher, les raisonner … En avons-nous seulement envie ? Là est la question ! Leurs crimes ne sont-ils pas compréhensibles ? Avoir vécu de telles horreurs peut-il « justifier » leur transformation en meurtrières ?

Perdue dans mes valeurs, perdue dans mes pensées, je suis en train de me surprendre à m’attacher à deux criminelles. Je me surprends à accélérer ma lecture pour connaître leur fin, la fin.

J’ai sombré dans l’obscurité, je me suis laissée enlacer par leurs Ténèbres. J’ai assisté à un déferlement de cruauté et pourtant … je suis prête à y retourner.

Virginie Despentes nous a peint l’humanité dans son côté le plus sombre. Certains diront que le langage châtier, les personnages avides de plaisir sous toutes ces formes sont caricaturés … je leur répondrais que Virginie Despentes ne fait que peindre son siècle, notre siècle. Elle pointe du doigt ce que nous ne voulons pas voir, elle pointe du doigt ce qui nous fait peur, ce qui se cache dans l’ombre : la noirceur de l’Homme.

Un livre que je recommande aux femmes qui en ont marre des clichés de la femme parfaite, douce, sensible. Je le recommande à toutes celles qui ont eu, une fois dans leur vie, envie de se lever et de crier « STOP ». Je le recommande à ceux qui aiment se laisser porter par une plume acerbe, sarcastique et pourtant poétique.

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5 réflexions sur “Baise-moi de Virginie Despentes

  1. audreyreadings dit :

    J’aime beaucoup ta chronique, j’aurais aimé avoir le même enjouement que toi pour l’histoire, malheureusement, je n’ai pas accroché. Pourtant, j’aime beaucoup Virginie Despentes mais cette fois, ça n’a pas fonctionné. Je ne me suis pas attachée à ces deux femmes. La fin m’a quand même plu.

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